Consommation Distribution Initiatives

La 1ère définition de l’origine locale !

origine locale agriculture l'info d'agro Magazine Bondemain

Eh oui, c’est une grande première ! Cela peut paraitre étonnant, mais l’origine locale restait jusqu’à aujourd’hui un grand flou pour les consommateurs et les commerçants. En effet, la notion de « local » n’est pas définie de manière stricte en France, et elle souffre de confusion avec d’autres termes dits de la « consommation responsable », comme « circuit court », « direct producteur », ou encore « bio », alors que ces termes sont tous bel et bien différents (voir les articles : Quand j’achète en circuit court, est-ce forcément local ? et Différence entre « local » et « bio »). Nous sommes en effet à une époque charnière dans la manière de consommer, et il est important d’apporter des cadres pour un futur qui pour l’instant reste flou. Souvenons-nous des premiers agriculteurs qui se refusaient de travailler avec les traitements chimiques de synthèse : ceux-là parvenaient difficilement à valoriser leurs engagements, tant que la notion d’ « agriculture biologique » n’était pas définie clairement. Il en est de même avec la notion de « circuit court », qui fut définie officiellement en 2009 dans le Plan Barnier du Ministère de l’Agriculture. Cette établissement d’une définition fixe du terme « circuit curt » a permis l’essor de ce type de commerce, puisque consommateurs et producteurs pouvaient enfin se référer à un cadre légal. Voilà tout l’enjeu actuel pour la notion d’ « origine locale » !

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La notion de local n’est certes pas définie de manière stricte, mais des mouvements locavores ont émergé dans les années 2000 aux États-Unis et dans les pays anglo-saxons avec une distance maximale la plus souvent évoquée de 100 miles, soit environ 160 km (Sources : Local Diet, 2014; London Farmers’ Market, 2014; National Fermers’ Retail & Markets Association, 2014). En France, la distance souvent évoquée varie entre 100 et 200 km, voire quelques fois 300 km (Sources : Je mange LOCAL, 2014; MERLE, HERAULT-FOURNIER, PRIGENT-SIMONIN, GRACIANETTE, & MONTET, 2011; Novel, 2010; Locavorium 2015; Biocoop 2016; TOUSSAINT 2011). En parallèle, notons que les normes sanitaires françaises donnent un cadre à la notion de « commerce de détail local » avec une distance maximale de 80 km entre le lieu de production et le lieu de commercialisation (Source : Ministère de l’Agriculture de l’Agroalimentaire et de la Forêt, 2009).

Dans ce contexte, l’Association pour des Systèmes Alimentaires Responsables et Durables (ASARD), dans le cadre de son Programme SAT’élite visant à développer les Systèmes Alimentaires Territorialisés, a mis en place le projet de définition de l’origine locale. Ce projet a été initié en 2016 par Damien Roux, ingénieur agronome spécialisé dans les filières territoriales et les circuits de proximité. Ce projet qui voit le jour cette année a pour objectif de donner un cadre fixe à la définition de l’origine locale, afin d’éviter les abus marketing, protéger les consommateurs dans leurs choix d’alimentation, et accompagner les professionnels qui souhaitent réellement s’engager dans un approvisionnement local.

Déçu par des produits que je croyais être locaux…

Ce qui nous a intéressé dans cette démarche, c’est qu’elle est le fruit de longues années de réflexions : « Depuis quelques l’années il m’arrive de me trouver déçu par des produits que je croyais être locaux, alors qu’en réalité seule la dernière étape de transformation était locale… tandis que les matières premières ne l’étaient pas ! » se désole Damien Roux. « Cela fait plus de 4 ans que je participe, assiste et suis de nombreux colloques, conférences, tables rondes, et forums sur le thème des circuits courts et de l’alimentation de proximité. J’ai petit à petit muri ce projet de définition de l’origine locale, pour répondre à une véritable problématique de société » confie Damien Roux.

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Savoir mesurer l’origine d’un produit

Aujourd’hui, ce projet est encadré par l’ASARD, association indépendante à but non lucratif, afin de permettre la diffusion d’outils fiables pour les consommateurs et les professionnels. En effet, la base même de cette démarche repose sur l’analyse de l’origine alimentaire. En effet, avant même de pouvoir définir si un produit est « local », il est indispensable de savoir mesurer son origine ! C’est pourquoi l’agronome a inventé une méthode de mesure de l’origine alimentaire, intitulée Distance Alimentaire Moyenne (DAM®). Il s’agit du premier indice de mesure de l’origine alimentaire basé sur une méthode systémique, reproductible, et universelle. Cet indice intègre les valeurs suivantes :

  • précision dans la méthode d’application,
  • comparabilité des résultats (données quantitatives),
  • objectivité dans l’interprétation des résultats,
  • reproductibilité de la méthode,
  • remise en question et évolution de la méthode (amélioration continue),

ce qui permet de qualifier cette méthode d’évaluation de « démarche scientifique ».

En se basant sur cet outil, l’objectif est de pouvoir mesurer la distance alimentaire entre le lieu de production et le lieu de distribution au consommateur final. Si cette distance est inférieure à une certaine valeur, alors le produit est dit « local ». Et justement, toute l’essence du projet de définition de l’origine locale porte sur l’établissement de cette valeur seuil, c’est-à-dire le nombre maximal de km pour pouvoir qualifier un produit de local. Dans ce contexte, une enquête menée auprès de consommateurs et de professionnels semble indiquer que la valeur critique est établie à 150 km. Ainsi, il suffit tout simplement de mesurer l’origine d’un produit, et si sa DAM est inférieure à 150 km, alors il peut être qualifié de « local ».

Cette démarche permet à l’ensemble des acteurs de nos systèmes aliementaires (producteurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs) de pouvoir se référer à des cadres fixes, afin d’éviter les confusions, les pertes d’informations, et surtout d’éviter les abus quant aux indications de l’origine des produits. L’objectif est donc clairement d’améliorer nos systèmes alimentaires, d’apporter une solution à une problématique actuelle, et que celle-ci soit accessible à tous en étant la plus simple et la plus durable.

A propos de l'auteur

Rédaction Bondemain

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La Rédaction de Bondemain est constituée d'une équipe de volontaires engagés pour soutenir et mettre en lumière les initiatives permettant d'améliorer nos systèmes alimentaires.